Gloria : le premier cas de féminicide qui a bouleversé ma vie de militante féministe
Le 19 septembre 2021, Gloria, une adolescente de 13 ans, a été tuée par son cousin. Ce féminicide a marqué ma vie d’activiste féministe : c’est la première fois que j’ai été confrontée à une forme aussi extrême de violence faite aux filles.
Gloria, à toutes les premières fois que tu ne vivras pas
Tout au long de sa vie, on passe par plusieurs premières fois. La première fois qu’on va à l’école, qu’on a une relation sexuelle, qu’un de nos proches décède, qu’on voyage hors de son pays ou de son continent et j’en passe. Certaines premières fois nous apportent une joie abondante, et d’autres beaucoup de tristesse. Mais pour vivre toutes ces premières fois, il faut être en vie. Ou du moins vivre assez longtemps pour expérimenter le plus de première fois possibles. Et ce ne sera malheureusement pas le cas de Gloria, arrachée à la vie bien trop tôt.
Gloria était une adolescente de 13 ans. Elle a été violée et poignardée 6 fois de suite par son cousin. En pleine agonie sur son lit d’hôpital, elle va révéler à sa famille avant de mourir qu’elle était violée depuis l’âge de 10 ans par ce cousin.
Bien que je ne connaissais pas Gloria, son histoire m’a bouleversée pour plusieurs raisons. J’ai reçu l’information du féminicide de Gloria pendant la fête d’anniversaire des quatre ans de ma nièce. J’ai été choquée par son très jeune âge et la violence de son agonie. Et par le fait qu’elle ait subi des viols depuis l’âge de 10 ans par un membre de sa famille. Cela nous rappelle que les viols incestueux sont encore un sujet tabou au Cameroun.
Je vous laisse avec le lien de cette courte vidéo de Gloria, deux mois avant son féminicide. En cliquant dessus vous aurez l’occasion peut-être pour la première fois de voir Gloria s’amuser. https://vm.tiktok.com/ZMrwrbuFB/
Gloria, ou l’éveil de ma conscience féministe
Je suis militante féministe et activiste contre les violences faites aux femmes et aux filles au Cameroun et en Afrique Centrale. Je suis donc très régulièrement témoin ou confrontée aux souffrances des femmes et filles victimes et survivantes de violences. Cette exposition régulière a tendance à vous rendre cynique au bout d’un certain moment. Cependant, vous aurez, au cours de votre vie de militante, plusieurs premières fois. Le premier suivi de cas de violences conjugales que vous, de violences sur enfants, de viol, de viol incestueux, de viol en bande, de féminicide.
Et puis au milieu de toutes ces premières fois qui n’en finissent pas, il y a cette première fois particulière. Le premier cas qui vous marque au plus profond de vous-même. Le premier cas qui vous hante et qui vous suivra jusqu’à la fin, et qui va provoquer un changement dans votre vie de militante.
Pour moi, cette première fois est arrivée le 19 septembre 2021 avec le féminicide de Gloria.
Mon engagement contre les féminicides au Cameroun
Avant le cas de Gloria, je ne travaillais pas vraiment sur les féminicides. J’étais essentiellement concentrée sur le suivi des cas de violences conjugales. Je dois donc à Gloria de m’être engagée de manière concrète sur la question des féminicides à partir de 2021.
Cet engagement se traduit aujourd’hui à travers le collectif #Stopfeminicides237 et l’Association Elles Rayonnent Ensemble.
Selon le collectif #Stopfeminicides237, 65 femmes et filles ont été victimes de féminicides au Cameroun en 2023 et on compte déjà 35 féminicides en aout 2024. Je me demande combien de première fois, ces femmes et filles ne vivront pas.